Didactique des langues- Claude Springer

Points de vue sur des questions de didactique des langues – TIC, évaluation, CECR, actionnel

L’article de Dillenbourg P., Poirier, C. & Carles, L. (2003) « Communautés virtuelles d’apprentissage : e-jargon ou nouveau paradigme ? »

Posted by springclo sur 18 août 2006

dillenbourg.jpgCet article, publié dans un ouvrage collectif, Pédagogies.Net, fait le point sur la notion en vogue de « communauté virtuelle d’apprentissage ». La question principale interroge l’intérêt de ce nouveau concept, en particulier il tente de définir les modes d’interactions qui définissent ce type de communauté.
Dans la première partie, les auteurs se demandent si ce concept est un simple effet de mode qui remplacerait le terme vieilli d’ « apprentissage collaboratif ». Pour éviter ce flou terminologique, les auteurs proposent de définir aussi précisément que possible le concept en s’interrogeant sur la notion de « communauté », d’« apprentissage » et de « virtuel ».
Qu’est-ce qu’une communauté ? La communauté, comme organisation sociale, se situerait entre le groupe d’amis (informel) et le groupe « formel ». Un groupe d’amis n’a pas de véritable objectif, contrairement à un groupe formel. La communauté aurait un mode de fonctionnement spécifique, distinct de ces deux types d’organisation. Les auteurs décrivent plusieurs types de communautés : la communauté d’intérêt, les membres partagent le même souhait d’échanger des informations sur un sujet ou un domaine d’expertise ; la communauté de pratique (CoP), qui relève plutôt des organisations professionnelles (Wenger et Snyder, 2000) ; la communauté d’apprentissage, groupe de personnes qui se rassemblent pour acquérir des connaissances, par exemple Fullilove et Treisman (1990).
On en vient ensuite à proposer quelques caractéristiques : interdépendance, micro-culture, organisation sociale, sélection spontanée, longévité, espace.
L’apprentissage, d’après les auteurs, possède également des caractéristiques propres qu’ils définissent en 4 règles : forme narrative des échanges, inférence grâce à une culture commune, co-construction de l’expérience personnelle, apprentissage fortement situé, contextualisé. Les auteurs parlent de scénarios d’apprentissage, stratégies d’apprentissage qui diffèrent des stratégies scolaires.
Les auteurs demandent de faire preuve de rigueur et de ne pas cataloguer « communauté » un simple groupe de personnes en ligne et encore moins un groupe d’apprentissage scolaire travaillant sur un webquest. Ils insistent également sur la difficulté de créer un environnement virtuel facilitant l’émergence d’une véritable communauté d’apprentissage.
La deuxième partie de l’article (Evolution des technologies éducatives) s’intéresse à divers aspects. Sur le plan psychologique, cette approche s’inscrit dans la lignée des travaux de Vygotsky et de Leontiev, s’éloignant ainsi du béhaviorisme et de la pédagogie de la maîtrise, traditionnels en TICE. Mais, c’est sur le plan pédagogique que le changement semble conséquent. En s’intéressant aux communautés, on minore l’intérêt porté aux technologies au profit de la structure sociale et des interactions sociales qui caractérisent un groupe. On ne décrit pas un environnement technique mais une construction sociale. Enfin, sur le plan technologique, tous les outils sont exploités, on voit même apparaître des outils spécifiques du type web 2.0.
Les auteurs proposent une distinction intéressante autour du concept d’apprentissage « apprendre la communauté / la communauté apprend ». Tout membre d’une communauté doit « se familiariser avec les règles de participation et d’apprentissage de la communauté. La micro-culture n’est bien sûr pas le seul domaine d’apprentissage. Une infinité de savoirs sont partagés dans ces communautés. » On apprend donc d’abord à vivre dans une communauté. D’un autre côté, avec le temps, la communauté développe une expertise, l’apprentissage se situe ainsi au niveau de la communauté et plus uniquement au niveau de l’individu, c’est qu’on appelle « cognition distribuée ». La réflexion sur les communautés virtuelles d’apprentissage est fortement liée d’un point de vue théorique aux approches socio-constructiviste et socio-culturelle. Les auteurs s’attardent ensuite sur une communauté particulière, les enseignants, ce qui leur permet d’expliciter la notion de « compréhension partagée ».
On termine par une mise en garde salutaire : « On ne crée pas une communauté en mettant un environnement technologique à la disposition d’un groupe. On ne crée pas de communauté, elle se crée ! »

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