Didactique des langues- Claude Springer

Points de vue sur des questions de didactique des langues – TIC, évaluation, CECR, actionnel

Archive for the ‘Plurilinguisme’ Category

La crise va affecter la politique linguistique des universités

Posted by springclo sur 24 mai 2009

La formation en langues des étudiants non linguistes a connu en France un développement remarquable en particulier avec la mise en place de centres de langues et de centres de ressources en langues mais aussi en créant en quelque sorte des enseignants spécialisés de ce secteur des langues dites de spécialités.

Des sonnettes d’alarme commencent à retentir et risquent de se faire de plus en plus remarquer. Sciences Po semble opter pour la mise en place de la formation en ligne avec des exercices de langues auto-corrigés plus des cours de discipline en anglais (donc du CLIL universitaire) au détriment des dispositifs habituels. L’objectif est évident il s’agit de faire des économies pour réaffecer ces dépenses vers les disciplines fondamentales. On peut estimer que les étudiants scientifiques ont déjà un certain niveau de départ en anglais, il ne s’agirait alors plus que de leur permettre de consolider leurs acquis du lycée. Les universités scientifiques n’ont pas encore suivi ce chemin mais on peut aisément penser que ce sera bientôt le cas : cours en anglais (même par les enseignants français dont le niveau n’est pas forcément suffisant), plateforme d’apprentissage (e-learning) avec exercices auto-corrigés afin de limiter les coûts de tutorat, centres de ressources en libre accès mais sans apprentissage guidé, fin des contrats des enseignants spécialisés de ce secteur. Il paraît également certain que les efforts pour offrir d’autres langues seront rapidement réduits à néant.

Image 1

C’est d’ailleurs ce qui se passe en Grande-Bretagne. Les dépenses pour les langues dans les universités ont déjà été largement réduites. On envisage, même en sciences humaines, l’arrêt de l’enseignement de certaines langues. La crise touche fortement les universités comme on peut l’imaginer, d’autant plus qu’elles dépendent du secteur industriel sévèrement touché par la crise. Les programmes de recherche sont mis en question faute de financements. Des enseignements ont également  été mis en question ou simplement supprimés. Dramatiquement, le gouvernement incite officiellement les étudiants de 3e cycle à quitter leur pays pour chercher des stages à l’étranger.

Graduates ‘should try leaving UK’. The government is urging graduates to consider a spell working abroad, whether in internships or volunteering, to avoid the worst of the recession. »

Le gouvernement français actuel maintient intégralement ses objectifs ultra libéraux : une université et une recherche universitaire financées par le privé. Les universités européennes vont d’ailleurs dans le même sens. Mais où iront les diplômés de tous les pays européens pour trouver un stage synonyme de travail ? La politique plurilingue, voulue par l’Europe, a-t-elle encore un sens dans ce contexte de crise ?

Posted in Apprentissage, Plurilinguisme | Leave a Comment »

Enseignement bilingue : le cas de l’histoire

Posted by springclo sur 5 avril 2009

Je suis intervenu lors du séminaire en enseignement bilingue organisé au Ciep début avril. Il regroupait une trentaine de professeurs de DNL histoire venus de toute l’Europe et d’Algérie. J’ai présenté une communication (voir plus bas) sur la question de l’évaluation et animé un atelier sur « Concevoir une séquence sur des « Questions sensibles » intégrant l’évaluation et dans une approche par tâches.
J’ai pu faire un constat intéressant qui rapproche les deux didactiques : on retrouve la même palette méthodologique en histoire et en FLE :
1. une approche encyclopédique, qui est largement exploitée dans les pays d’Europe centrale (l’élève à la fin des 4 années doit tout savoir sur le programme) ; on imagine sans peine une optique magistrale doublée de behaviorisme.
En DLC / Fle, cela se rapproche de la méthodologie audiovisuelle, centrée sur les contenus et l’apprentissage par coeur des contenus linguistiques.
2. une approche sur la méthode de l’historien, méthode qui ne vise pas l’encyclopédisme, elle est basée sur l’étude de documents sources avec une méthode d’analyse stricte ; c’est aussi le programme qui importe mais on veut que l’élève montre qu’il maîtrise la méthode, il doit alors imiter l’exemple du professeur ; cette approche semble typiquement française, on parle en Europe de « méthode à la française » ; pour les sections européennes, c’est l’unique méthode avec l’usage exclusif de la langue cible, approche élitiste.
En Dlc / Fle cela se rapproche de la méthode communicationnelle nouvelle formule, ce que Beacco nomme « approche par compétence », version communicationnelle haute ; on est plus ici dans une optique cognitiviste, on insiste sur les bonnes stratégies pour maîtriser telle activité langagière.
3. approche par tâche sociale et projet (surtout en Allemagne, au Val d’Aoste aussi) : on propose des tâches sociales, l’histoire au quotidien ou l’histoire vécue par les jeux de rôles (vous êtes De Gaulle, vous êtes Staline, etc. ; vous devez proposer un texte pour une plaque commémorative) ; c’est dans cette approche que les TIC trouvent leur place, puisque les élèves doivent se documenter. Le manuel franco-allemand d’histoire est exemplaire de cette approche.
En Dlc / Fle, la perspective actionnelle et l’approche par tâche (avec la macro tâche finale et les tâches intermédiaires) vont dans le même sens. On est ici dans une visée constructiviste.
Bien sûr l’inspection d’histoire (France) ne peut que refuser la 3e approche au profit de l’unique approche par méthode de l’histoirien !!!! comme en langues d’ailleurs où l’on valorise l’approche par compétences ; on estime que ce n’est pas sérieux et que ce n’est pas la grande histoire, juste du jeu qui ne sert à rien, basé en plus sur l’émotion !

Le parallèle est intéressant pour comprendre les enjeux de ces 3 approches qui co-existent dans les systèmes éducatifs. Certains pays, comme l’Allemagne et le Val d’Aoste et d’autres, penchent plus vers la 3e approche, on constate que les élèves sont très participatifs (logique puisqu’ils sont entraînés à faire des travaux de groupe et à présenter leurs résultats). D’autres, l’Europe centrale en particulier, maintiennent encore la 1e approche. Avec cet exemple de l’enseignement bilingue, on comprend mieux pourquoi la France opte pour la 2e approche approche, elle reste fermement ancrée dans la discipline (histoire, langues, etc.), elle se donne une image d’exigence méthodologique et de rigueur scientifique, et se méfie de l’expérientiel et de l’émotionnel, bref de la motivation externe qui passe souvent pour pure démagogie. Malheureusement cette approche vire très facilement vers le magistral ou comme on dit en histoire le « récit de l’historien ». Le professeur d’histoire qui maintient son discours en classe se trouve ainsi valorisé, son rôle professoral aussi. Cela va au détriment du constructivisme (l’inspection se méfie d’ailleurs de trop de constructivisme qui nuit au discours du professeur), et de l’idée que chaque élève est acteur et porteur de récits historiques hérités familialement ou simplement vécus dans leur chair (immigration, racisme, etc.).

Posted in Cadre européen, Plurilinguisme | Leave a Comment »

Plurilinguisme : Langues en péril

Posted by springclo sur 18 février 2009

L’Unesco recense 2 500 langues en péril

Peut-on sauver une langue comme on sauve un temple des outrages du temps ou de la destruction des hommes ? L’Atlas 2009 international des langues en péril, présenté jeudi 19 février à l’Unesco, à Paris, donne une vision plus optimiste et nuancée que ne le laisse supposer son intitulé. Alors que l’atlas de 1999 en relevait 600 et celui de 2001, 900, la troisième édition, réalisée par 25 chercheurs sous la houlette du linguiste Christopher Moseley, estime à 2 511 le nombre de langues vivantes dont la situation est soit vulnérable, en danger, sérieusement en danger, en situation critique ou éteinte dans le monde.

En France, 26 langues dont la majorité « en danger »

Le basque, le breton, le corse et l’occitan voisinent avec le champenois, le bourguignon, le franco-provençal ou encore le picard, qui, avec ses 700 000 locuteurs dont 500 000 en France, pourrait bénéficier de l’effet Ch’tis. Au total, l’atlas de l’Unesco recense 26 langues dont la plupart sont estimées « sérieusement en danger ». Quelques-unes – tel le ligurien, l’alémanique, le luxembourgeois et le francique (ces trois derniers idiomes étant jugés, à l’instar du flamand occidental, « vulnérables ») -, sont transfrontalières. Citons encore le languedocien, le franc-comtois, le gascon, l’auvergnat, le limousin, le poitevin-saintongeais, le gallo, le normand, le lorrain, le provençal, piémontais ou alpin. Mais aussi le wallon et le rhénan.

Un chiffre à mettre en regard des 6 912 langues recensées par L’Ethnologue, l’index officiel et seule estimation scientifique disponible. La concentration de langues en danger est particulièrement forte dans les régions du monde qui présentent aussi la plus grande diversité linguistique : la Mélanésie, l’Afrique subsaharienne et l’Amérique du Sud.

Ce bond quantitatif considérable ne signifie en rien une aggravation, mais reflète simplement « un meilleur recensement » des idiomes, explique Cécile Duvelle, chef de section du patrimoine immatériel de l’Unesco. Dans leur typologie, les linguistes ont classifié ces langues et leur degré de « péril » en fonction de critères de « vitalité » linguistique tels que, notamment, le nombre de locuteurs, mais aussi la transmission de la langue d’une génération à l’autre et les politiques linguistiques du gouvernement et des institutions.

image-41

Posted in Plurilinguisme | Tagué: | Leave a Comment »

Mieux comprendre les didactiques du plurilinguisme en 3 sites

Posted by springclo sur 15 février 2009

La question du plurilinguisme est centrale aux préoccupations actuelles de la didactique des langues. De nombreuses recherches et réalisations permettent de mieux comprendre les enjeux mais aussi le potentiel des didactiques plurielles.

Le site de l’IRRE du Val d’Aoste propose une somme remarquable de ressources pour se faire une idée globale des questions de didactique.

image-62

Autre site fondamental, celui de l’ADEB. On y trouve une bonne bibliographie et des textes fondamentaux sur le plurilinguisme.

image-5

Enfin, le Fil du bilingue propose des documents pédagogiques pour les professeurs en sections bilingues en Europe et dans le monde.

image-4

Posted in Plurilinguisme | Leave a Comment »

Les élèves français pas si mauvais en anglais ?

Posted by springclo sur 12 octobre 2008

Cet article tiré de www.educpros donne les résultats du test proposé en mars/avril 2008 aux élèves des lycées professionnels, c’est-à-dire les sections européennes. On sait que les élèves ont de l’anglais renforcé pour leur permettre de suivre des cours en disciplines « non linguistiques », dans une matière générale ou professionnelle. Le constat de cette certification ne fait que confirmer ce que nous disons depuis quelques temps que l’école, avec un enseignement extensif, ne peut viser que le niveau B1, voire B2 pour des cas très spécifiques. Les niveaux C1 et C2 du CECR sont hors de portée du système éducatif. Tout le monde peut le comprendre, enfin presque tout le monde ! Il est intéressant de noter que ce niveau (B1/B2) peut être atteint par les élèves des lycées techniques/professionnels.

Voici l’article :

Les élèves français pas si mauvais en anglais ?

Début septembre 2008, Xavier Darcos le déplorait : les jeunes Français parlent mal la langue de Shakespeare…pour en faire un argument de ses cours de soutien en anglais. « Pas si mal que ça », nuance l’organisme Cambridge ESOL (*). Ce département de l’université anglaise avait été choisi en début 2008 par le ministère de l’Education nationale français pour faire passer, à titre expérimental, un test de niveau B1 (utilisateur indépendant) – le CEC (Cambridge English Certificate) – à 17 000 jeunes de section européenne en lycée professionnel. Les épreuves écrites (compréhension écrite, expression écrite, compréhension orale) se sont déroulées le 4 avril 2008. Les oraux (d’une douzaine de minutes) ont été passés dans la foulée. Et les résultats viennent de tomber…

Un test sur 17 000 volontaires de sections européennes

Verdict : 92 % de réussite, dont 59 % de niveau B1 et 33 % de niveau A2 (utilisateur élémentaire intermédiaire
ou usuel), le niveau juste en dessous. « Nous sommes surpris que ce soit une telle réussite et très contents. D’autant plus que les élèves n’avaient pas reçu de préparation spéciale préalable puisqu’il s’agit d’un test et non d’un examen », a commenté Anthony Harvey, responsable de Cambridge ESOL France. Il faut dire que les lycéens testés étaient volontaires, en section européenne et que les épreuves avaient été spécialement conçues pour l’occasion… « Les questions différaient peu de celles d’un test B1 classique. Nous avons juste
inséré des éléments culturels – comme le demandait le ministère – et donné la possibilité d’obtenir le niveau A2 en cas d’échec au B1 », justifie Anthony Harvey. L’opération devrait être reconduite jusqu’en 2010. Avant d’être étendue à d’autres lycéens ?

(*) Cambridge ESOL est une organisation non gouvernementale à but non lucratif. Elle possède 3000 centres d’examens dans le monde et réalise plus de deux millions de certifications par an dans 135 pays.

Virginie Bertereau

26.09.08

Posted in Cadre européen | Tagué: , , , | 8 Comments »